J’ai travaillé comme Wwoofer (travail non rémunéré en échange, en plus du gîte et du couvert, d’un réel partage de la vie des hôtes) dans une ferme de l’Alberta, au sud de Calgary, à Nanton. Trail’s End est géré par Rachel et Tyler Herbert. Rachel est une descendante d’Edith Ings, une de ces nombreuses femmes à avoir rejoint l’Ouest du pays au début du 20e siècle. Avec son mari, ils bâtirent le « Midway Ranch » près de Nanton. En 1936, ce dernier décéda, laissant sa femme et ses deux filles gérer le ranch, en pleine crise économique. Afin de ne pas le perdre, elle le transforma en Guest Ranch (maison d'hôtes), le « Trail’s Dude Ranch ». Elle et ses filles rencontrèrent un réel succès en proposant aux voyageurs des séjours sur le thème de la vie dans un ranch de l'Ouest. Grâce à ce succès leurs terres restèrent dans la famille. Aujourd’hui, Rachel et sa famille possèdent toujours ce ranch. Leur activité principale est l’élevage bovin. Ils travaillent sur des terres qui appartiennent depuis quatre générations à la famille de Rachel. Ils respectent et protègent cet héritage par leur engagement dans un élevage raisonné et écologique, « grassfed beef certified », comme on peut le lire sur leur site.

Le cas de Rachel est loin d’être unique dans l’Ouest du Canada ou des Etats Unis. De nombreuses femmes s’y sont installées avec leurs familles comme farmers ou ranchers au début du siècle.
Héritières ou non de ces courageuses pionnières, les femmes que l’on croise dans ces régions sont fortes, elles n’ont pas peur de se salir les mains, de tenir un marteau toute la journée pour faire des clôtures, ou encore du conduire un pickup truck doublé d’une remorque à bétail. Elles n’ont pourtant rien perdu de leur féminité, même si elles portent souvent les robes avec des bottes de cowboy ! Ce sont des épouses, des mères, des filles, des sœurs, qui travaillent dur en arborant un sourire éclatant de vie et de fierté.
Femmes et hommes de la « western community », tous ces farmers, ranchers, cowboys et cowgirls sont fiers de leur héritage et ils cherchent avant tout à protéger leur country life.
Jour après jour, ils affrontent un climat rude qui n'a que faire des transitions, pour accomplir des tâches souvent très physiques, beaucoup sont obligés d’avoir en plus un emploi à l’extérieur pour subvenir aux besoins de la ferme… et tout cela avec le sourire. Je ne prétends pas qu’ils sourient en permanence, je parle du sourire de la vie choisie et non contrainte. Peu importe les difficultés, ils ont choisi leur way of life.
Le cowboy, cet homme vêtu d’un jean, une chemise, des bottes et un chapeau de cowboy, qui parcourt chaque jour ses terres à cheval pour vérifier les clôtures et les troupeaux, qui écoute de la country music en buvant une bière après une longue journée… cet homme n’est pas un mythe, une attraction folklorique pour touristes élevés au film du genre « western », non il est bien réel, il est simplement le farmer que l’on croise partout dans les campagnes de l’Alberta, du Saskatchewan ou de l’Ouest et du centre des Etats Unis. Il appartient à cette réalité, la country life, choisie et défendue.
« You have to want it. You have to be determined… and work hard every day ». Ryan Dirteater, un Bull Rider, parle ici du Bull Riding, mais il pourrait tout aussi bien parler de la vie des farmers.
Le Bull Riding est un sport dangereux, c’est 8 secondes d’adrénaline pure, c’est 8 secondes de vide total, c’est la Vie ressentie dans toutes les fibres du corps, comme dans tous les sports extrêmes. Mais c’est également se salir les mains, travailler dur tous les jours, par n’importe quel temps, affronter ses peurs, tomber, encore et encore, mais toujours se relever, ne jamais abandonner... Ranching, farming, Bull Riding… loin de n’être qu’un travail ou un sport… pour eux, it’s a way of life.

La présidente du « Okotoks Pro Rodeo », Renne Reidy, m’a écrit « our western heritage needs to be preserved, so valuable, and not enough said about it anymore. Keep that thought… I think it’s great that you want to promote rodeo and the western way of life ».

J’ai rencontré des êtres extraordinaires qui avaient le cœur sur la main. J’ai découvert un monde qui, comme tous les autres, est loin d’être parfait. Mais c’est un monde qui résulte du choix et de la volonté ferme d’hommes et de femmes, un monde construit et vécu loin du stress des grandes villes et de ces masses d’individus qui se contentent de survivre, ne sachant plus ce qu’être vivant signifie… et pour cela que je le trouve fascinant. Je n’ai fait qu’effleurer ce monde, mais j’espère avoir bientôt l’opportunité d’apprendre à le connaître d’avantage…

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